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La figure du troubadour


La figure du troubadour me suit ou plutôt m'attire vers les interlignes où je n'aurais pas osé traîner mes guêtres. Silencieuse, parfois grave, parfois mutine, elle sait mieux que moi que musarder est source d'inspiration. Dans son sillage, j'avale des kilomètres de paysages, j'appose ma loupe sur les détails d'une table de café pendant que le troubadour tamponne sa serviette d'estampes caféinées.

La douleur du départ de ces ailleurs lance la marée de mots qui s'en suit; chaque bouffée d'inconnu nourrit ma lanterne d'idées. C'est le nez au vent qu'il veut comprendre le monde. Je suis, de son âme tsigane je perçois les tambourinements joyeux et les élans sincères. Laisser un peu de soi mais surtout  capter l'atmosphère des lieux traversés pour mieux restituer au monde la vision qu'on a de lui. 

La figure du troubadour est celle qui me dit que l'art n'est pas un vilain mot, le travail et l'honnêteté sont gages de sûreté. Tout s'agrandit, tout s'élargit, au fil de la curiosité sans cesse renouvelée. Par contact, je me sens gagnée par son regard galvanisé et ses réflexions profondes. Il est donc possible de partager ces moments perdus à penser la place d'un silence, la durée d'un son? Qui d'autre pouvait mieux entrer en résonance avec mes questionnements, si ce n'est le troubadour habité par l'esprit du voyage et du goût du savoir? 

Avec un peu d'audace, j'aurai la présence d'esprit de le retenir. Il est fébrile. Il vient, il va. Se poser l'angoisse mais créer nécessite un ancrage au moins ponctuel si ce n'est durable. Vient le temps des torpeurs nocturnes, les passages à relire, les rituels d'écoutes et d'analyse. 

La figure du troubadour me suit, ou plutôt je m'y attache et régulièrement, en rêve ou de jour, elle me souffle ses pensées, ses leitmotivs. Je la reconnais tout autant qu'elle me désarçonne. L'esprit toujours alerte, en mouvement, vers ce qui n'est pas encore mais qui sous ses doigts bientôt naîtra.

Troubadour, esprit romantique et chevaleresque, noblesse d'âme et humilité âpre, charme discret et générosité faite homme. Je le remercie de sa visite, si proche et si loin déjà. Il n'est pas à cheval aujourd'hui mais l'était hier, assurément. Son nom est un titre de valeur sûre. 

Source : http://fealscompaings.forumdediscussions.com/t361-jongleurs-et-jongleresses

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Longtemps j'ai cru parvenir un jour à l'âge où j'enlèverai la dernière peau. Et chemin faisant, chaque fois que je défaisais un noeud de plus, le linge tombait à terre pour découvrir d'autres oripeaux. A la peur d'avoir sans cesse à lutter contre la honte de montrer ce bout de moi s'ajoutait ce sentiment implacable de n'être pas encore arrivée à l'essentiel, au coeur. Cependant l'âge assagit ma combativité en me faisant comprendre la joie d'avoir toujours et encore un espace à découvrir, à partager.
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C'est avec rare occasion mais chaque fois pleine de certitude que j'observais le même phénomène chez des êtres chers, ou chez des âmes dont …
Aucune heure ne saura troubler l'instant choisi
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Par la clarté lunaire, j'ai vu l'abysse
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Pour me voiler la face
Ton arrivée subreptice

A fait fondre le plomb
Explosé la serrure
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L'âpre brûlure de l'étau

Des solutions entières
Ou avec des virgules
L'équation du vide amer
L'instant où tu recules
J'ai bu la potion perdu notion
Intervalles disjoints

Cy Twombly, Coronation of Sesostris (Part V)



L'indicible n'a pas d'image.       Avril 2018




C’était toi bien avant l’heure

Et je ne savais pas que mes erreurs

Seraient toujours effacées par

Le temps qui me paraissait si étendu

Que je t’avais cru infini

Le temps était révolu

Où je te pensais parti

J’allais loin, tu étais là

Et puis soudain...






Reviens.






Alors c’était ça

Que tu préparais en secret

Il aura fallu ce temps

Pour que j'avale toutes les fréquences

Pour calquer mes pas sur ta danse

Rêver comme avant


Surprise par une goutte

La brutale fraîcheur du départ

L’ignorance à laquelle je voulais croire

On peut renier, pas de doute




Avant, après, quelle importance

Restera ce qui est





J’avoue le manque

La douleur

Le trou béant

Les pourquoi