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Não sei quantas almas tenho Não sei quantas almas tenho. Cada momento mudei. Continuamente me estranho. Nunca me vi nem acabei. De tanto ser, só tenho alma. Quem tem alma não tem calma. Quem vê é só o que vê, Quem sente não é quem é, Atento ao que sou e vejo, Torno-me eles e não eu. Cada meu sonho ou desejo É do que nasce e não meu. Sou minha própria paisagem; Assisto à minha passagem, Diverso, móbil e só, Não sei sentir-me onde estou. Por isso, alheio, vou lendo Como páginas, meu ser. O que segue não prevendo, O que passou a esquecer. Noto à margem do que li O que julguei que senti. Releio e digo: “Fui eu?” Deus sabe, porque o escreveu. PESSOA
En cette vie, où je suis mon sommeil, Je ne suis pas mon sommet, Qui je suis est qui je m’ignore et vit A travers cette brume que vraiment je suis, Toutes les vies que j’aie eues autrefois, Dans une seule vie. Je suis mer; clapotis faible, rugissement vers les hauteurs, Mais ma couleur provient de mon ciel élevé, Et je ne me rencontre que lorsque de moi je fuis. Qui donc guidait mes pas de jeune enfant sinon L’âme véritable qui se trouvait en moi? Attachée par les bras du corps, Elle ne pouvait être plus. Mais, sans nul doute, un geste, un regard, un oubli Aussi, aux yeux de qui aurait bien regardé La Présence Réelle sous le déguisement De mon âme présente ici sans y prétendre. Fernando Pessoa , extrait de L’ultime sortilège, in « Il n’y a pas de mort », poèmes ésotériques. (1913-1934)
Canção  No desequilíbrio dos mares, as proas giram sozinhas… Numa das naves que afundaram é que certamente tu vinhas. Eu te esperei todos os séculos sem desespero e sem desgosto, e morri de infinitas mortes guardando sempre o mesmo rosto Quando as ondas te carregaram meu olhos, entre águas e areias, cegaram como os das estátuas, a tudo quanto existe alheias. Minhas mãos pararam sobre o ar e endureceram junto ao vento, e perderam a cor que tinham e a lembrança do movimento. E o sorriso que eu te levava desprendeu-se e caiu de mim: e só talvez ele ainda viva dentro destas águas sem fim. Cecilia Meireles
J'ai vu de lasses insomnies Errer en masse par ici La froideur les a ravivées En traces givrées Trois, il en était ainsi Du chiffre défini Comme ne pouvant être l'unité Jamais la paire non plus Toujours un intrus Trois, un air de trop J'étais pas loin pourtant Je délasse et je délaisse La mélancolie qui m'oppresse Y'avait une autre trame au fond Dans le lit de la rivière Ophélie en bord de mer Perdue et sans aucun repère La terre qui déboule dans le flot Les rugissants comme un écho Traverser ce serait déjà l'arrivée Immensément fortunée, pas foutue d'espérer Le sel avait dilué l'amer Je suis revenue de mes transes parmi les bouées
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 6 avril 2018 Je crois que je connais quelqu'un. Pour de vrai.  C'est très bizarre, et je ne sais absolument pas comment l'expliquer. C'est sans doute ce phénomène rare qui fait que tu te sens sur la même longueur d'ondes qu'une personne en moins de temps qu'il ne faut pour le dire; et sans rien dire ou presque justement, l'essentiel est saisi. Je me sens désarmée et par conséquent, les phrases toutes faites n'ont absolument plus aucun intérêt. Je ne m'explique pas comment quelqu'un peut à ce point me ressembler ou me deviner, et réciproquement.  C'est comme si on était déjà au centre, les couches extérieures, les pelures d'oignon, sont déjà parties sans avoir à rien faire.  Que dire dans ces cas-là? Man Ray
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L'aurore n'est pas si loin Et le vide que tu crains N'est que l'espace créé en toi Pour faire grandir ce en quoi tu crois Ta noirceur est aussi profonde Que la lumière qu'elle révèle Les larmes qui t'inondent Ne seront jamais de celles Qui t'empêcheront de refaire Jour après jour, un peu plus fort Les forces menant vers le clair Matin, jour neuf porteur d'encores Les pas et les heures entre eux et toi Ne peuvent rien faire contre tout Ce qui se tisse depuis longtemps Et réunit au fil des jours l'essentiel Celui que tu portes sans le savoir Celui qui te fait reconnaître Par des âmes pareilles à la tienne À demi-mots elles te comprennent L'ombre que tu noies est l'envers De la lueur qui les attire Vois-les comme ils te voient Reflet de leurs âmes que tu sais lire Etre seul c'est ne rien sentir Regarde comme tu sais appartenir Aux pensées de quelqu'un, même loin ...
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Gris tu m’enrobes Je malaxe quelques grains Il ne va rien arriver Si je continue il ne va rien arriver Belle angoisse qui m’étreint Bleu chagrin coutumier Je compte un à un Les pas qui me séparent Du saut ultime Qui a peur d’éclabousser En plongeant de dix mètres De haut Sous ces auspices Et même si tempête il y a Plonger est nécessaire Qui sait si l’écume rejetée Ne sera pas juste de la rosée Salvatrice de tous côtés Qui sait si moi-même Je n’ai pas attrapé le désir De sauter dans l’eau profonde Grâce à d’autres éclats jaillis D’ailleurs et qui m’ont inondée Désirs contagieux et rêves similaires Peurs qu’on croit solitaires Il est une vague pour chacun Il est une vague que je parcours enfin Le doigt sur la trace laissée au fusain Souffle expirant sur le vélin Va le signe, va encore Placer tes courbes lucides Sur le papier couché pour toi Je m’y trempe, encre délavée Certaine de revenir des abysses ...