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Corner les pages ne servira jamais à rien. C'est cela qu'il se dit, et pourtant l'abasourdissante nouvelle ne lui fait pas de mal, juste un choc qui s'épaissit et trace son empreinte dans l'épaisseur de son moi.
Cornélius engage la voie, il sait que la conversation déviera sur les trames qu'il a amorcées, or les pages sont loin d'être terminées. Le roman à l'issue de ces tournoiements incessants devra être publié, sous peine de quoi toute son armée d'ambitieuses illusions seraient anéanties. Et l'illustre Dévorat pourra ainsi être puni de la loi la plus juste, et la vérité sera rétablie.
C'est ainsi qu'il aime à penser, Cornélius le vivant. Fiable comme un cheval de trait, et passablement allègre comme un passereau. Il n'a pas pour habitude de louvoyer parmi les traîtres, il lui faut de l'honnêteté dure et concrète, il signera demain. Dévorat peut pourrir, l'auteur détient la fiole contenant le poison de ses immondices. Les réminiscences des affres passées causent à Cornélius un petit haut-le-coeur qu'il réprime aussitôt. Las de voir ces troubles l'atteindre encore superficiellement, il jette le verre et l'eau, sa respiration se calme alors. Il redevient paisible et plein de la plénitude qui l'habite depuis deux mois qu'il a mis la dernière touche à son histoire. Un récit maléfique aux vertus vengeresses, curatives pour lui. Comme la dernière phrase est assassine, comme il se plaît à percevoir tel un médium la pointe de l'aiguille du remords se planter bientôt en Dévorat.
Dévorat est mort, ou tout comme. Cela équivaut à dire qu'en Cornélius comme en tous les autres, un peu de paix se fait place, et la somme récoltée ne sera que la preuve que sa mission aura été nécessaire, non vaine, justifiée. Heureux il est déjà soucieux de distribuer son pamphlet aux plus démunis, à ceux qui ne se savent pas encore atteint de ce mal qui pourrait bien les laisser exsangues pour de bon. 

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Longtemps j'ai cru parvenir un jour à l'âge où j'enlèverai la dernière peau. Et chemin faisant, chaque fois que je défaisais un noeud de plus, le linge tombait à terre pour découvrir d'autres oripeaux. A la peur d'avoir sans cesse à lutter contre la honte de montrer ce bout de moi s'ajoutait ce sentiment implacable de n'être pas encore arrivée à l'essentiel, au coeur. Cependant l'âge assagit ma combativité en me faisant comprendre la joie d'avoir toujours et encore un espace à découvrir, à partager.
J'allais ainsi plus légère à chaque fois, plus dépouillée, plus heureuse. D'une quête effrénée vers l'absolu, le quotidien s'est mué en plaisir d'un chemin simple. Accepter simplement avec humilité l'infini voyage vers le rien et me trouver comblée du tout que j'y découvrais.
C'est avec rare occasion mais chaque fois pleine de certitude que j'observais le même phénomène chez des êtres chers, ou chez des âmes dont …
Aucune heure ne saura troubler l'instant choisi
Aucune éclipse n'évincera les mots transis
Par la clarté lunaire, j'ai vu l'abysse
Je m'y suis reflétée
Dans tes quartiers d'impasse
Un croissant m'appelle pour compléter la nuit

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Sur mes joues mouillées
L'odeur d'un récent feu
Tout était correct, je suis entrée
J'avais les codes ad hoc

Trois miles sous la surface
J'ai plongé dans l'interstice
Pour me voiler la face
Ton arrivée subreptice

A fait fondre le plomb
Explosé la serrure
Je pensais tenir bon
J'ai lâché l'armure
Il y a du sel sur ta peau
L'âpre brûlure de l'étau

Des solutions entières
Ou avec des virgules
L'équation du vide amer
L'instant où tu recules
J'ai bu la potion perdu notion
Intervalles disjoints

Cy Twombly, Coronation of Sesostris (Part V)



IV                                  07.01.2018

Je te regarde je te décrypte je te dévore

On est quitte

Des essaims bourdonnants qui m’assaillent

Une seule parole qui vaille

La peine que je répète en boucle, à l’heure,

Sans me presser

Une seule note que j’aime

Que tu sais composer, souvent, à demi, en douce, endormie,

Vaillante et fière, j’espère souvent qu’elle va venir ranimer

L’envie d’allonger paroles et regards qui s’entortillent

Tu m’arrimes à la cheville de ta pensée

Tu es la seule qui parviennes à me faire aimer

L’orée des mots


La valse, Camille CLAUDEL