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Ma nuit avec Christine and the Queens >> 20/03/2015


Christine and the Queens
Note au lecteur: il va sans dire qu'une retranscription écrite ne saurait à elle seule restituer la chaleur humaine (^^) présente durant cette entrevue. Aussi, je n'ai pas jugé utile ni réaliste de noter tous les rires et sourires échangés à cette occasion. Si vous connaissez Christine, vous saurez les retrouver dans ses propos. 
- Bonsoir Christine !
- Bonsoir, ça va ?
- Ca va plutôt bien, ravie que tu aies accepté de passer un peu temps ici, dans ta course folle.
- Oui, c'est presque une course effrénée ! C’est vrai que c’est très physique depuis quelque temps. J’aime ça et en même temps je sens bien qu’il faudrait pas non plus que ça dure trop longtemps. Faudrait pas que ça devienne une habitude.
- C’est ça le succès, que veux-tu ! Tu pourrais habiter la moitié de l’année aux USA, l’autre moitié en France ? Ca règlerait une partie du problème, prendre l’avion et subir le jetlag.
- J’y ai pensé effectivement ; évidemment ça supposerait que j’aie…un succès relatif là-bas – ça y est je me prends pour Beyoncé ! Et puis ça supposerait plein d’autres choses, j’ai tendance à anticiper et à fantasmer pas mal mais pour le moment j’ai encore un peu les pieds sur terre.
- Et les chevilles très fines, qui rentrent encore dans tes chaussures !
- Oui oui, c’est une sorte de test pour moi : si je commence à me sentir à l’étroit, je saurai que j’ai vraiment un gros problème d’égo. J’espère ne pas en arriver là, du coup depuis le début je porte quasiment toujours la même marque ou le même modèle. Si on me voit porter des tongs un jour sur scène, on saura pourquoi !
- En attendant, quelle performance physique ! Personnellement, je ne pourrai pas accomplir le dixième de ce que tu fais physiquement pendant le spectacle, principalement car mes pieds seraient en sang au bout de dix minutes.
- Je reconnais qu’il ne faut pas avoir peur de souffrir – souffrir pour son art, pour son public, c’est beau non ? – mais il faut surtout avoir de bonnes chaussures. C’est ça le secret.
- Tu vas te faire sponsoriser ? - (rire) Euh…non, je ne pense pas, ce serait facile remarque, on photographie pas mal mes pieds. Et puis on sait jamais, s’il me prenait l’envie de changer mon personnage pour lui faire porter des chaussures à talon comme les vraies queens…il faudrait une marque qui fasse vraiment de tout. Ouh lala, on est parti dans des considérations matérialistes.
- C’est vrai, mais ça fait sûrement aussi un peu partie de ton quotidien désormais non ? Même si tu as des gens autour de toi qui « gèrent » (je déteste ce mot) tout l’aspect marketing/merchandising….est-ce que tu as l’impression qu’il y a maintenant tout un système Christine ?
- Non, je reste lucide : je ne suis pas Michael Jackson –et je ne le serai jamais- et même en dehors de ça, rien n’est fait. Le deuxième album n’est pas sorti, je ne sais pas du tout comment le public réagira, s’il continuera à me suivre. Donc non, y’a pas de système. Même si le nombre de gens qui s’occupent de ma petite personne a augmenté, et pas mal augmenté même vu qu’au tout début j’étais seule avec mon ordinateur, ça reste à taille humaine. Et surtout ce sont des gens que je connais vraiment bien, quasiment tous, que j’ai presque tous choisis moi-même ou sur les conseils de personnes qui me connaissent bien. Ce fait que ce « petit monde » à la rigueur, autour de Christine, est en symbiose avec le projet. C’est pour ça aussi que ça fonctionne (enfin, jusqu’ici ça fonctionne plutôt pas mal). Par contre, qu’il y ait plus de gens qui se reconnaissent dans Christine, donc plus de Christine, ça oui je le constate et ça me plaît autant que ça me surprend.
- Alors justement, qu’est-ce qu’il faut avoir ou pas, pour être dans ce projet ?
- Il faut avoir la classe, une certaine personnalité singulière mais qui ne me porte pas trop ombrage, un style très soigné, beaucoup d’humour, des relations… (rire) C’est difficile à dire, ce sont les rencontres qui font que les gens se greffent ou pas au projet. Je vais répondre par la négative, ça sera plus facile : comme j’ai une certaine tendance à tout contrôler, j’aurais du mal à travailler avec quelqu’un qui me bride, qui transforme le projet (que ce soit au niveau musical, scénique, ou bien du managing), qui l’éloigne trop de mes aspirations. Donc j’aime réunir autour de moi des gens qui comprennent ce que je veux projeter, qui sont capables d’amener leur énergie au projet, avec leur propre vision. C’est somme toute assez banal en fait, c’est juste enrichir la base que moi j’ai posée.
- Dit comme ça, ça paraît effectivement presque trivial et pourtant quand on regarde ce qui est visible, la face émergée pour nous les fans, on voit principalement des musiciens au taquet et des danseurs bluffants.
- C’est vrai qu’ils sont forts, ils sont très forts !
- Que des hommes. Il pourrait y avoir une autre fille un jour ?
- Hum, je sais pas. Comme je suis toute petite j’ai pris des danseurs hommes bien plus grands que moi…pourquoi pas, mais bon étant donné que Christine est une fille qui aimerait se faire passer pour un drag queen et donc s’entoure d’hommes, pour le moment ça reste comme ça. Et puis je travaille avec une chorégraphie, même si on la voit pas sur scène, elle est bien là dans la mise en scène. Pour les musiciens, si ça avait été des filles, ça ne m’aurait pas dérangée mais voilà, c’est sûr que j’ai croisé beaucoup plus d’hommes pour le moment dans les studios d’enregistrement, les productions…à mon grand regret d’ailleurs.
- Tu feras sans doute partie de ces filles qui font avancer les choses, puisque tu manies avec facilité les différents aspects de ton projet : compositions, production, scénographie…tu penses toujours à faire de la production ? Tu vois ça se réaliser dans un futur proche, ou bien tu te laisses le temps de faire ce deuxième album très attendu ?
- Oh hé bien oui j’y pense toujours oui, ça me travaille beaucoup. J’écoute et je rencontre des artistes qui me donnent envie de me lancer là-dedans, de créer du son sur mesure, de le peaufiner. C’est un travail qui m’attire, que j’ai découvert sur la réalisation du premier album (enfin de mon album ! la fille qui parle comme si elle en avait déjà plusieurs, tu sais !) et j’aimerais approfondir ça. Donc certainement que j’essaierai de prendre un peu plus les rênes de la production sur le prochain album, et après le grand saut si je suis prête ! Et si j’ai des projets qui se présentent ! Oui, c’est pas le tout de vouloir produire, il faut aussi que les gens acceptent que ce soit moi qui les produise.
- Tu préfèrerais que Kanye West te produise, ou bien que tu produises Kanye West ?
- Ouhouhou, la question ! Pfff…si je préfère qu’il me produise ou que je le produise...hum, actuellement, je vais répondre raisonnablement hein, je suis plutôt dans le rêve qu’il me produise, et c’est un rêve ou même un fantasme. Evidemment j’aimerais les deux, je veux tout moi.
- Ca, on l’avait bien compris. C’est sans doute cette férocité, cet appétit qui t’a permis de te hisser là où tu en es aujourd’hui, je pense que tu es une très grande ambitieuse, très très carrée, et complètement barrée dans la façon dont tu apparais artistiquement au public. Et ça, c’est quand même des qualités qu’on retrouve chez toutes les stars qui t’ont inspirée non ?
- Euh, oui…merci. Je sais plus quoi dire là, ça fait beaucoup de compliments à la fois ! Disons que je sais clairement ce que je veux. Depuis le début j’ai en tête les shows à l’américaine, les personnages façon Bowie, les chorégraphies de Michael Jackson…tout en sachant que je ne leur arrive pas à la cheville, je fais juste mon petit chemin à moi avec Christine. Mais oui, j’ai toujours eu ces gens-là comme références et ça m’a guidée. Comme on m’a souvent dit : « fake it till you make it », c’est terriblement vrai. Ca marche hein, faut le dire aux gens : ça marche ! Bon, je sais pas si on peut faire semblant de gagner au loto pour que ça arrive vraiment…mais moi j’ai gagné mon gros lot comme ça !
- Avec énormément de travail quand même. Le talent, c’est une chose, le don aussi, mais si on ne le cultive pas, on n’en tire pas grand chose.
- Certes, d’ailleurs je crois que je suis workaholic. Je ne suis jamais aussi bien que quand je travaille comme une dingue. Ca m’éloigne de la réalité, de ma vie de tous les jours, ça me permet de vivre une autre vie en somme.
- Est-ce qu’avec le recul, tu es contente (je ne vais pas aller jusqu’à dire reconnaissante) que tes profs de théâtre t’aient bridée et t’aient éloignée de ce parcours initial ?
- Alors, je n’ai pas l’esprit de vengeance…Je leur en ai beaucoup voulu, et il y a des points sur lesquels je sais que j’avais raison de défendre mes intérêts, comme par exemple le fait que le milieu de la mise en scène soit misogyne. J’en ai parlé parce que ça s’est passé comme ça, et parce que j’espère quand même que les choses évolueront. Et puis avec le recul, je me dis que les choses devaient se passer comme ça ; je n’irais pas leur dire merci, je crois que c’est un ensemble de choses : ça se passait mal au théâtre et ça se passait mal dans ma vie personnelle - mais l’un n’explique pas l’autre et vice versa. En fait, dès que j’ai entrevu la possibilité de construire un projet musical, j’ai presque oublié toute cette sorte de mésaventure. C’est la musique qui m’a permis de dépasser, de sublimer tout ça. Bon ma réponse est une réponse de Normand, j’en veux à personne en particulier, à la rigueur j’en veux à ces normes, une fois de plus.
- Donc il y eut la Christinothérapie. Pour toi d’abord, pour le public maintenant…
- Oh, c’est joli ! Je pourrais mettre une plaque en bas de chez moi tu sais : Christinothérapie, consultation sur rdv.
- A présent, c’est des milliers de gens qui se reconnaissent en toi, de mille façons, et qui disent se sentir mieux depuis qu’ils t’écoutent. C’est quand même phénoménal, même si je sais que tu te méfies de ce mot.
- Oui alors, être un phénomène, ça me fait un peu peur c’est vrai. Pourtant, être un freak, c’est justement être un phénomène. La question est de savoir ce qu’on en fait : est-ce que le phénomène va s’inscrire dans la durée, donc rester un phénomène pour les gens, est-ce qu’il va finir par faire partie du paysage ambiant, de la norme finalement, malgré lui, donc s’intégrer contre son gré…j’espère que je continuerai à interroger, d’une façon ou d’une autre. J’ai pas envie de devenir lisse, le danger ce serait que je m’enferme ou qu’on m’enferme dans une image. J’ai besoin de surprendre, de me surprendre moi et les autres.
- Pas de souci, on compte sur toi là-dessus et on sait que le défi sera relevé, puisque finalement, la transformation c’est ton moteur, depuis le début non ?
- Oui oui, c’est juste, c’est ça qui m’anime. Ca m’intéresse pas d’être moi, dans mon état civil de tous les jours.
- Oups, il se fait tard et j’ai rien à te proposer à grignoter…sinon de la compote à boire (ça c’est pour pas dire le nom de la marque) !
- (rire) Ah ben ça me va très bien ! Je mange un peu plus varié quand même, maintenant que je dois assurer pas mal de scènes. J’ai compris que le régime nuggets-compotes-jus d’orange, ça faisait pas de muscles !
- Rassure-moi, tu n’envisages pas de te transformer comme les culturistes ??
- Non non, j’en suis loin, j’ai de la marge, ça va. Je voudrais juste m’étoffer un peu. Si tu regardes Madonna, Beyoncé, tu vois qu’elles font ce qu’il faut pour danser longtemps. Je voudrais juste augmenter mon capital biceps-triceps pour me permettre de chanter sans me préoccuper du reste.
- Tu sais déjà à quoi va ressembler le visage de Christine pour ce deuxième album ?
- Oh, il ne va pas être si différent de l’actuel ; non les changements je les pense plutôt dans l’attitude, le phrasé sur les textes. Physiquement, je compte encore sur le costume pour rester neutre, mais certaines gestuelles vont être plus appuyées, je voudrais accentuer certains traits. J’en dis pas plus, parce que ça serait dommage d’annuler la surprise et puis je suis pas encore totalement fixée sur tous les points.
- Très bien…on échappera donc à la Chrisbarre avec lunettes noires et Gitane…
- Ah, j’y ai vaguement pensé, mais déjà que je suis très myope, les lunettes noires ça me paraît pas adapté, et je suis même pas capable de fumer alors. Et puis bon, il me faut un modèle à moi, Gainsbarre est un personnage qui m’inspire beaucoup c’est vrai, mais je veux réinventer Christine à ma façon. Ca me plaît qu’on puisse reconnaître certaines influences, c’est flatteur, cela dit on a vite fait de tomber dans les clichés ou dans une pâle copie. C’est pour ça aussi que je veux que ça reste très personnel, je n’aime pas être catégorisée. Alors c’est paradoxal, parce que quand on est dans le flou, on peut croire que c’est difficile de s’identifier, et pourtant au contraire, le plus grand nombre peut s’y reconnaître vu que les influences sont variées, au niveau du chant, de la langue…
- J’adore, j’ai même pas posé de question et j’ai une réponse de dix lignes !
- Ah oui je sais, pardon je parle trop ! Je suis intarissable à mon sujet en fait, c’est terrible.
- Je savais que ce serait comme ça ; tu ne parles pas trop, tu parles bien et c’est trop rare pour qu’on s’en plaigne. Du coup, est-ce que tu penses exploiter la langue parlée de nouveau, en dehors d’un format disons rap ?
- Hum, sur scène ?
- Oui, je sais pas…tu parles pas mal sur scène, est-ce que tu envisagerais par exemple une mise en scène théâtralisée, un genre de spectacle-conte ou…comédie musicale, je ne sais pas…je pense à voix haute…ou bien un clip-film ?
- Pour l’instant, les moments parlés, c’est quelques petites impros de rap entre ou dans les chansons- j’en fais pas plus parce que bon, dans ma salle de bains j’ai l’ai ridicule alors je limite un peu. Et puis les interventions entre les chansons, c’est de l’échange avec le public. Même si je commence à avoir un stock de blagounettes plus ou moins efficaces, je veux que ça reste spontané : c’est beau l’imperfection, c’est ça qui crée la magie du moment.
- Dans ton spectacle actuel, est-ce que tu pourrais donner la proportion d’impro par rapport à tout ce qui est rodé ?
- Oh, ce serait difficile…on doit être à 90 sinon 95% de préparé hein. On peut pas passer à côté, tout est écrit à l’avance dans ma tête. Y’a quand même beaucoup de moments totalement libres, de plus en plus même, ça vient souvent du public d’ailleurs et ça me surprend toujours. Il y a des soirs, il m’arrive des trucs un peu improbables, parfois je sais pas comment je dois le prendre !
- Par exemple ?
- Oh, ben des gens qui me donnent des objets, alors j’ai eu des tas de choses : des casquettes, des marionnettes du Muppet Show, des fleurs aussi. Je crois qu’on a dû booster les ventes chez Interflora, entre moi qui dois avoir un bouquet chaque soir et les gens qui en achètent pour me les donner ! Bon ça va, pour le moment j’ai beaucoup de marques d’affection, des choses vraiment mignonnes et surprenantes. Oui, je crois que j’ai dû dire parfois trop de bêtises en interview ou je sais pas…faut que je fasse attention là, à pas dire n’importe quoi, des fois que je me retrouve avec des paquets de Nesquik!
- C’est ça la rançon du succès ! De toute façon, les réseaux sociaux se sont emparés de toi, il faut voir le nombre de likes pour ta page facebook ou les vidéos youtube associées à ton nom…sans compter les reprises de tes titres, ça va de l’amateur dans sa petite chambre, aux artistes confirmés comme Charlie Winston.
- Ah bon ? - Oui oui, il a fait une reprise a capella de Saint Claude à Stéréolux, tu peux trouver la vidéo mise en ligne par un spectateur sur youtube.
- Ah je savais pas…peut-être que je devrais reprendre une de ses chansons sur scène aussi alors, pour le remercier ?
- Ah ben si tu veux, mais je suis pas sûre que ce soit ce que le public voudrait entendre. D’ailleurs merci d’avoir inclus dans ta setlist Amazoniaque, pour moi c’est une pépite à la base et ta version est encore plus belle. Cette chanson est hypnotique, on est vraiment happé quand tu la chantes.
- Merci ! J’aime beaucoup Yves Simon, dans ses textes y’a souvent l’évocation du voyage, et bizarrement pas de notion du temps. Ca donne effectivement des textes assez planants et intemporels. J’aime ça, l’intemporalité dans les textes, qui fait qu’on peut les reprendre comme on veut, ça sonnera toujours, ça fera toujours écho chez quelqu’un puisque ça n’est pas rattaché à un contexte particulier.
- Dans cinquante ans, tu voudrais qu’on écrive quoi comme article wikipédia sur toi ?
- Outch, dans cinquante ans, ouhlala….déjà si je suis encore connue dans cinquante ans, si on ne m’a pas oubliée, ça sera pas mal ! Je me sens déjà vieille par moments, des fois très jeune, j’ai du mal avec l’âge. Donc au final, cet article dans cinquante ans n’a pas plus d’importance pour moi que celui qu’on pourrait faire dans un an. J’espère juste durer.
- Bon, alors je tourne ma question différemment : comment voudrais-tu te présenter en tant qu’artiste, à quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de toi ? Un genre d’extraterrestre en somme ?
- Moi l’extraterrestre ? Ah oui, sûrement !
- Non, l’autre personne qui n’aurait jamais entendu parler de toi !
- Ah, d’accord, d’accord. Bon je te rassure hein, je crois qu’il y a une majorité de gens sur terre (et ailleurs) qui n’ont jamais entendu parler de moi, heureusement. Hum, j’ai pas l’habitude de me présenter, j’aime bien faire ce que j’ai à faire et le message passe. Mais bon, j’ai appris à faire ces présentations aussi : quand il fallait passer des auditions, me présenter quand j’étais toute seule sur une scène ou même quand je faisais des premières parties – je devais expliciter un peu le projet, même si ça m’est arrivé de ne rien dire ou presque et de laisser les gens un peu décontenancés, ça me plaisait au fond. Alors qu’est-ce que je dirais ? Hum…mon projet est musical et scénique à la fois, j’aime mêler les genres dans tous les sens du terme. Vous pouvez essayer de me classer mais j’espère que vous n’y arriverez pas. Christine est là pour vous dire que vous pouvez être qui vous voulez être, sans code, sans norme, simplement exister sans craindre le jugement des autres. Elle défend une certaine idée de la féminité et de la liberté.
- Voilà- hum, je sais pas ce qu’en penserait ma manageuse !
- On voit que tu as l’habitude. Peut-être que le message changera un peu dans cinquante ans, peut-être pas. Puisque tu as tous les âges, tu auras remarqué que ton public aussi.
- Oui ! Je suis surprise de ça, et ravie aussi. En fait plus ça va, plus le public semble mélangé, varié. Ca me plaît, de constater qu’on peut faire quelque chose de populaire avec un concept au départ plutôt très très particulier, enfin je veux dire qu’a priori j’étais pas la bonne cliente pour NRJ. Comme quoi !
- Comme quoi, les codes, il ne faut jamais s’y fier !
- Oui, voilà.
- Hum, j’ai pas de code pour terminer…alors juste un grand merci Christine d’avoir pris le temps de venir nous parler avec tant de gentillesse et de simplicité. On a hâte d’entendre d’autres blagounettes pendant les concerts et d’autres titres aussi bien sûr.
- Oui, je crois que le créneau humoriste n’est pas totalement pour moi.
- Qui sait, tu es tellement surprenante…bonne route aux States et comme tu le dis si bien, be freaky !
- Merci ! Be freaky !
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Chère Christine, pour finir je voulais te remercier. Ca risque d’être long, heureusement que l’écrit est là pour ça, parce qu’entre les bafouillements potentiels et la longueur, ça aurait été bien compliqué de te dire tout ça de vive voix. Ca m’arrive parfois de regretter et de m’en vouloir de ne pas t’avoir découverte avant les Victoires de la musique. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir habité au bon endroit et d’avoir eu les bonnes lectures : vivre pendant 3 ans à Nantes et lire Télérama ne m’ont pas empêchée de passer à côte de toi...j’ai souvent la nostalgie de Nantes, ville ouverte sur tellement de possibles. A contrario, c’était assez invraisemblable que je me relève à 1h du matin pour allumer la télé et tomber sur ce documentaire après les Victoires, au moment exact où il s’arrêtait sur toi. Moi aussi je me suis arrêtée. Je crois, pour en avoir parlé avec d’autres, qu’on a tous plus ou moins eu la même réaction : « c’est qui cette fille ?? » Je crois que c’est le mouvement qui m’a tout de suite séduite : enfin quelqu’un qui osait danser vraiment, et pas simplement tenir un micro en se figeant sur place. La musique m’a parue suffisamment envoûtante pour me donner envie d’en écouter davantage, et quelques répliques teintées d’humour ont confirmé que oui, là je tenais une sacrée découverte, ce que ne démentaient pas les propos dithyrambiques d’Olivia Merilahti. C’était un 14 février. Avoue Christine, tu l’as fait exprès, de choisir un soir de Saint-Valentin  pour récolter des paquets entiers de fans! Dès le lendemain j’ai tout vu tout lu à ton sujet sur le net. Grand bien m’en a pris, puisqu’un an plus tard, c’est légèrement plus compliqué de faire une revue de presse quotidienne de ton actualité débordante…reste l’essentiel, l’essence justement. Tu es arrivée au bon moment, pour me (nous) réveiller. La grâce du démiurge. Assurément, tu n’es pas de ce monde. Quelque chose nous dépasse, ça s’appelle le génie je crois. Le tourbillon qui t’emporte n’altère en rien ton intégrité, et pour ça mille mercis : ton écoute attentive, ta gentillesse naturelle, rendent d’autant plus déconcertante la facilité avec laquelle tu accomplis des prouesses scéniques. Merci d’exister, plus haut, plus fort, merci d’avoir l’ambition généreuse. Source photo : Franck Dubray http://www.ouest-france.fr/victoires-de-la-musique-2015-qui-pour-detroner-la-reine-christine-3182577
Mes nuits avec: série d'interviews imaginaires inspirées de la réalité. 

3 ans et 6 mois tout juste plus tard... 21/09/2018 la réalité c'est une nuit avec Chris dans les oreilles.

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J'allais ainsi plus légère à chaque fois, plus dépouillée, plus heureuse. D'une quête effrénée vers l'absolu, le quotidien s'est mué en plaisir d'un chemin simple. Accepter simplement avec humilité l'infini voyage vers le rien et me trouver comblée du tout que j'y découvrais.
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