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Mes nuits avec... Stephan Eicher
25/02/2015

- Hum, je ne sais pas par quoi commencer, je vous vois et c’est comme si une pièce de mon puzzle de vie prenait forme devant moi. C’est un peu perturbant, et ça fait de vous presque un objet. Pourtant je n’y peux rien, vous faites partie de ma vie.
- Ah bon, je savais pas que je pouvais être une pièce de puzzle !
- Oui, depuis longtemps maintenant. Enfin comme pour plein de gens, je suppose. J’avais même pas dix ans quand je vous écoutais. Je faisais pas que ça : je chantais à tue-tête.
- C’est drôle, j’ai jamais fait de chansons pour enfants mais oui, je suppose qu’il y en a qui ont écouté mes chansons parce qu’elles passaient à la maison et qui ont grandi avec ça.
- A la radio, oui. J’ai ce souvenir d’un chalet en vacances, pour moi c’est la Suisse mais ça devait être le Jura. Toujours est-il que les montagnes, même les Pyrénées plus tard, les vacances et la fosse aux ours à Berne (hé oui), le vert surtout, tout cet espace, et votre voix, tout ça est lié. Ca vous dérange si je dis « tu » ?
- Non non pas du tout, je préfère je crois. Ca me fait me sentir moins vieux.
- (rire) Tu n’as pas d’âge pour moi, enfin de la même façon que je n’ai pas conscience de mon âge, alors je fais pareil pour les gens qui m’ont toujours accompagnée d’une façon ou d’une autre. Voilà, tu reviens et c’est toute une partie de ma vie qui revient avec et en fait là où je voulais en venir (je sais, c’était long mais bon), c’est que grâce à ta voix, tes chansons, je peux me remettre dans l’état où je me trouvais à cette époque.
- Ouhla, j’espère que c’est quelque chose de bon ?
- Oui oui, complètement. C’est comme euh…un bain de jouvence ? Peut-être pas, je suis pas une mamie, mais je retrouve toute la force, l’énergie et l’enthousiasme que j’avais, qui s’est parfois perdu.
- Mais on le garde ça, non ? On l’a toujours en nous. Pourquoi ça disparaît parfois, c’est parce qu’on ne sait plus l’écouter ou on ne veut plus peut-être ?
- Oui, tu as raison. On l’étouffe.
- C’est pas facile de suivre un chemin où on sent que personne ne nous attend, et des fois même c’est le contraire : on veut pas qu’on aille là-bas. « Quoi, c’est n’importe quoi, faire de la musique, il faut travailler blablabla… »
- C’est ça ! (sourire) Et puis c’est aussi une question de courage, savoir ne pas s’embourber dans le moule de la société, qui ne nous correspond pas. Et plutôt aller vers ce qui nous ressemble, sinon non est malheureux.
- C’est un peu la question du destin non ?
- Si tu veux, enfin sans employer de grands mots c’est faire des choix pour son existence. Et moi j’aime les choix que tu as faits, en tout cas ceux qui sont visibles pour ton public.
- Tu parles de la musique là ? Parce que si je te disais tous mes choix, tu serais peut-être déçue ?
- Ah ben, on en parlera plus tard ! (rires) Non, en fait euh…je sais pas comment dire ça sans te vexer ou quoi, c’est juste que là on est en 2015, et je vois que mince j’ai pris un coup de vieux, mais pourtant quand je t’écoute j’ai toujours dix ans, puis vingt, puis trente…et y’a tout un truc associé, comment te dire – tu connais les madeleines de Proust ?
- Oui, je connais cette anecdote, le parfum de la madeleine qui ramène Proust dans un souvenir lointain, c’est très imagé. J'aime bien ça, tous les sens sont mêlés et ça fonctionne de façon synchronisée, comme un orchestre un peu.
- Bon, alors mon histoire de souvenir de Suisse qui est en fait le Jura, c’était aussi pour te dire que je te retrouve en quelque sorte des années après, et que je t’aime toujours autant.
- Oh. (regard mi-amusé, mi-gêné)
- Je savais qu’on arriverait au moment de gêne où tu te dis « qu’est-ce qu’elle veut cette fille ? Elle parle pour rien, j’en ai rien à faire de ses histoires mais je suis bien obligé d’être poli parce qu’elle aime ce que je fais ». Et où moi je pense que j’ai honte de ne pas savoir transmettre aussi bien que toi ce que je voudrais, je suis gênée quand je dois parler, très impressionnée et en même temps j’ai envie de parler naturellement.
- Ah mais moi aussi, c’est pour ça j’ai fait de la musique. Parler, c’est compliqué et avec la musique, les mots transmettent davantage. Mais le silence aussi, c’est bien, non ?
- Ah oui ben si tu veux on fait un moment de silence.
(silence)
- Voilà, on a fait un petit silence, c’est rare et précieux. Evidemment, n’allez pas vous imaginer qu’on s’est regardé en chiens de faïence pendant cet instant - je ne sais pas qui était le plus gêné des deux, malgré tout c’était du plaisir d’être là simplement. Je crois que c’est un bon stratagème pour les chanteurs secrets, de proposer le silence. Ca t’oblige après à constater que chaque mot non pensé est inutile. Du coup je sais plus trop quoi dire.
- J’ai pas fait ça pour te mettre mal à l’aise, c’était pour profiter.
- Oui oui, j’ai profité, on a profité. J’ai pris conscience du luxe de t’avoir à côté de moi.
- Du luxe ? Ah, ça c’est quelque chose, pour moi le luxe, c’est pas très important. J’aime quand les choses sont simples.
- Mais le luxe ça peut résider dans les choses simples non ?
- Disons que les choses simples sont précieuses, alors que le luxe c’est un peu le vice non ?
- Euh…oui, si tu vas par là. Est-ce que dormir dans des belles chambres d’hôtel, c’est ton pire vice ?
- (rire) Je sais pas, je réfléchis…ah mais tu me connais un peu hein !
- Bah, oui quand même…j’essaie de te deviner aussi, mais c’est pas facile, tu es très secret sous des dehors éminemment sympathiques.
- Eminemment ?
- Eminemment, extrêmement quoi.
- Ah d’accord. Encore un mot, je rajoute. Les adverbes, j’aime bien.
- Oui, c’est pratique pour les rimes. Et donc peut-être que pire que ça, tu as la manie de manipuler tes interlocuteurs pour ne pas dire ce que tu veux taire ?
- C’est le jeu non ? Sinon, on répond directement comme la personne pense et ça va pas plus loin, on ne construit rien comme ça. C’est comme ça qu’on apprend à se connaître, si on dit tout tout de suite, alors ça n’a plus d’intérêt.
- Oui c’est le jeu, j’aime bien jouer à ça, c’est très agréable. Et puis là, on ne le voit pas, mais dans ce jeu y’a aussi le non verbal et ça c’est finalement presque plus parlant. Le non verbal, tu y penses quand tu chantes une chanson ? Est-ce que tu penses tes gestes, ta façon de te tenir, de regarder, en fonction de la chanson ? Est-ce que tu imagines des scènes associées au texte ?
- Hum pas toujours, je crois que c’est les notes qui me donnent le ton correct, donc non j’y pense pas je fais comme je sens et après parfois, je me rends compte que j’ai une attitude comme ci ou comme ça sur une chanson. J’ai pas bien compris la question je crois.
- Si, mais c’était idiot comme question, pardon. J’ai pas besoin de savoir comment tu interprètes, on va pas tout décortiquer, ça n’a pas d’intérêt du moment que ça me plaît.
- Ah oui d’accord, il faut faire comme tu aimes et le reste on s’en fout c’est ça?
- (rire) Euh oui je crois que c’est ça. Non mais tu vois, tu fais partie des très rares chanteurs que j’aimerai toujours je crois, parce que tu pourrais chanter n’importe quoi, je sais que ça me surprendra, que ça me plaira.
- Merci.
- De rien, c’est moi qui te remercie. C’est énorme d’arriver à plaire aussi longtemps à autant de gens. J’aime cette capacité qu’ont certaines personnes à se renouveler, tout en restant elles-mêmes. Donc voilà on en revient au début, je t’ai retrouvé avec tout ce que j’aimais chez toi et d’autres nouvelles choses que j’aime encore plus.
- C’est ce qu’on appelle vieillir non ?
- Haha, ça te tracasse ou… ?
- Pas trop non, je fais le constat que je vieillis mais j’aime ça je crois, je prends le temps, je suis moins idiot. Je vois les gens s’agiter autour, tout va plus vite…on est dans un monde où tout doit être fait à la seconde, dans la course. J’aime agir rapidement mais de façon pensée, posée.
- (sourire) Moi je dirais que tu es comme le bon vin, tu te bonifies avec le temps.
- Ah c’est bien français ça, hein ! Toujours le vin !
- Oh, je dis ça mais j’en bois pas. Mais j’aime cette idée de la bonification, on ne garde que le meilleur au fur et à mesure que le temps passe. Est-ce que tu aimes tes chansons du début, qu’est-ce que tu penses de tes albums de jeunesse ?
- Je faisais un peu autre chose au tout début, on était dans l’électro avec mon frère, euh…j’aimais ce que je faisais, aujourd’hui je fais des choses qui ont évolué avec ma vision de la vie, c’est normal non ? Donc comme le vin, j’ai éliminé la lie et je garde ce qui me semble le meilleur. Mais bon, les chansons que tout le monde connaît, c’est celles que j’ai accepté de chanter parce que je les trouvais bonnes, donc ce sont les meilleures de ce que je pouvais faire à l’époque. Je les aime bien surtout parce que je sais qu’elles font plaisir aux gens, si tu veux parler des chansons que le public réclame en concert. Pour moi aussi elles sont rattachées à des souvenirs, au moment de l’écriture. Mes chansons c’est beaucoup des reflets de rencontres.
- On ne s’en lasse pas, c’est vrai. Alors les nouvelles, tu les graveras pas, elles resteront à jamais éphémères le temps des concerts ?
- Oui, pour le moment je reste comme ça avec ces nouvelles chansons. Je me les approprie sur scène un peu plus à chaque fois, j’aime bien. Comme le public ne les connaît pas, je peux me permettre de les chanter tout seul sans qu’on me les réclame à tel ou tel moment, je les place comme je veux. Je peux changer l’accompagnement aussi sans que ça perturbe trop.
- En gros tu gardes la main-mise quoi.
- Ca veut dire, je les garde pour moi ? Je veux pas les partager ?
- Non, pas tout à fait…ça veut dire que tu empêches le public de s’en emparer d’une certaine façon. Et c’est drôle, parce que je trouve que ça rejoint bien la personnalité que je perçois - et si ça se trouve je me trompe totalement, je m’en excuse d’avance…- c’est-à-dire, j’ai l’impression que tu es profondément généreux, enfin je le sais, c’est pas une impression, et en même temps je sens que tu aimes diriger ta barque, maîtriser les choses. Je parle de façon générale là, pas forcément pour la musique.
(rien, aurais-je dit une grooooosse bêtise ?)
OK, on passe, je crois que je vais rester sur des questions plus discrètes.
- C’était une question ?
- Non, tu as raison, c’était pas une question ! (rire) Tu ne laisses rien passer, tu vois là j’ai bien la preuve ce que je disais juste avant, tu contrôles.
- Ca fait un peu macho dit comme ça non ? Ou alors psychopathe ?
- Non, ça fait partie du jeu dont on parlait tout à l’heure. Ca t’énerve qu’on te parle de la Suisse, et du fait que tu habites en France et tout ça ?
- Je n’ai pas la nationalité française et pourtant je vis ici la majeure partie de l’année. Mais je ne me sens pas Suisse non plus. Je sais pas c’est des trucs…un pays c’est pas ça.
- (sourire) Je crois que tu ferais un bon politicien malgré ce que tu en penses non ? Ou une sorte d’agitateur des consciences ?
- La politique non, le pouvoir tout ça…des conneries. Par contre, la voix du peuple oui c’est important. La démocratie participative, j’y crois. C’est pas quelques personnes qui peuvent tout décider, tout imposer. Il faut vraiment s’impliquer je crois, essayer de trouver des solutions ensemble.
- J’aime le fait que tu sois engagé, sans pour autant brandir d’étendard. Par engagé j’entends juste être dans une pensée, ne pas se laisser vivre sans réfléchir. J’admire ça chez toi, tu sembles en alerte, ouvert, sur le qui-vive.
- Il faut regarder autour de soi, y’a des choses qui vont bien mais pour ce qu’on peut changer, je crois c’est bien d’aller voir ce qui se fait ailleurs. On apprend toujours en regardant faire les autres.
- A ce propos, comment as-tu appris à jouer du piano ?
- Ah on est vite repassé à la musique là, c’est toi qui contrôles non ? (rires)
- (rire) Je suis gênée, j’ai l’impression de te faire perdre ton temps. J’ai entendu une interview de toi où le journaliste te disait simplement un ou deux mots à chaque fois, à partir duquel tu parlais de ce que ça t’évoquait. Evidemment c’était en rapport avec ton actualité du moment. Mais bon, on peut faire ça si tu veux. Tu peux parler de ce que tu veux, je sais qu’il y a énormément de sujets qui t’intéressent. On aurait pu faire un abécédaire tiens, 26 lettres.
- Une heure par lettre, ou bien ?
- Pourquoi pas, mais 26 heures d’affilée, je sais pas si je tiendrais sans dormir.
- Ah on pourrait se relayer non ?
- Oui mais moi je voudrais t’entendre, alors si je dors pendant que tu parles…
- Peut-être que si je dis des choses ennuyeuses, tu t’endormiras vite donc il faut que je tienne au moins jusqu’à la lettre M avec des trucs intéressants.
- OK, ben je t’écoute !
- (rire) Ca devient n’importe quoi cette interview, j’ai jamais fait ça je crois !
- Normal, c’est moi qui ai inventé ça. Ca me permet de faire parler tous les artistes que j’aime, comme si je discutais en vrai avec eux. Evidemment, ça peut mener à n’importe quoi, l’essentiel c’est que tu te sentes quand même un peu libre à travers mes mots.
- Donc je choisis les questions, ou bien ? J’ai une idée : on boit une tisane, ça va nous calmer un peu non ?
- C’est nouveau ça la tisane non ? C’est vraiment pour pouvoir jouer du piano sur scène ou c’est encore une ruse pour cacher autre chose ?
- Non non, c’est vrai…j’ai commencé le piano et j’ai vu ce serait plus difficile de jouer sans être très très concentré. Bon c’est normal, j’apprends alors tout est plus difficile, mais même quand je connais bien le morceau, y’a tellement de touches, je peux pas me tromper sans que ça s’entende. Alors voilà, je me suis mis à la tisane. Ca fait toujours rire, je sais pas pourquoi.
- Ca fait Ricola non ? Pardon. Moi je trouve ça classe en fait, ça va bien avec ton costume, tout ça…ça fait partie de la mise en scène.
- Y’a quelque chose comme ça oui, je pourrais plus prendre un verre comme avant et le poser sur le piano. Alors j’ai ma tasse.
- Bon alors, verveine, menthe, tilleul ?
- Verveine.
- En attendant que ça chauffe, un petit air au piano ?
- Euh, oui, allez. Tu connais cette chanson ? C’est une chanson suisse que j’ai reprise, et justement ben c’est pas la tisane, c’est…
- Campari Soda ??
- Oui !!
- Je l’adore.
(et là, THE moment…)
- Merci infiniment. En fait j’ai découvert seulement récemment que c’était une reprise. J’adore quand tu chantes en bernois, je comprends que la moitié et du coup ça me plaît, je me laisse bercer par les sonorités et uniquement ça.
- Oui, c’est ça que j’aime aussi quand je chante en français : parfois je comprends pas tout parfaitement mais j’ai du plaisir à prononcer les mots, les faire sonner.
- C’est ça. Bon, je crois que ça a infusé comme il fallait là.
- Oui oui. On va trinquer.
- A cette soirée bizarre ?
- A cette soirée bizarre !
- Merci infiniment à toi d’être venu jusqu’ici. Il y a tout ce qui s’est passé dans cette interlangue qu’est le non verbal, les gestes, le regard, le rire. C’était très riche. Il y a tout ce que j’ai pensé et que je n’ai pas dit, tout ce que j’ai dit et que j’aurais dû mieux penser sans doute.
- Merci, je crois je me rappellerai ça plus tard, quand j’aurais d’autres interviews plus classiques ! C’était un joli moment.


Merci à Stephan Eicher, nomade épris de poésie et insatiable curieux, qui manie comme personne l’art du mot dans une langue qui n’appartient qu’à lui. Je ne décevrai pas les fans en disant qu’il est resté fidèle à son image de beau brun ténébreux mais qu’il est surtout bien plus que ça : un artiste complet qui sait partager simplement, tout en restant exigeant et novateur dans ses choix. Un homme simple et noble, drôle et vif, qui vous saisit tout en restant discret sur lui-même. C’était infiniment délicieux, oserais-je dire comme un carré de chocolat suisse fondant ? De la magie sans doute. On le retrouve très vite sur les routes, bien sûr.

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Mes nuits avec: série d'interviews imaginaires inspirées de la réalité. 

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